L’enfant, qui est-il ?

De nombreux travaux scientifiquement validés ont étudié depuis plus de 50 ans l’évolution psychologique et affective du nourrisson et du jeune enfant (de 0 à 6 ans environ) qui fait l’objet de ce chapitre. On ne peut se passer d’en connaître les principales données si l’on veut apporter au petit enfant des conditions de vie favorables à son développement et à son équilibre. Et pourtant les besoins du petit enfant sont encore bien souvent ignorés.

L’évolution psycho-affective du petit enfant n’est pas un phénomène simple.
Elle met en jeu des mécanismes complexes qui mêlent génétique, physiologie et intervention de nombreux phénomènes extérieurs (« l’environnement »). Les conceptions trop simplifiées, les affirmations non fondées, voire tendancieuses n’ont donc guère de place dans cette analyse.

L’histoire de l’enfant ne commence pas le jour de sa naissance. Après les neuf mois de la grossesse, l’accouchement est pour le nouveau-né le premier événement qui le met brutalement en contact avec un monde étranger. Jusqu’à ce jour, sa vie fœtale s’est déroulée dans une situation de protection totale vis-à-vis des agressions extérieures. Il n’apparaissait alors que comme un élément d’une unité biologique indissociable : la mère et son enfant.

Du fœtus au nouveau-né. Chaque mère connaît bien, pendant les derniers mois de sa grossesse, les réactions de l’enfant qu’elle porte à ses propres sensations, à ses émotions… mais aussi à des facteurs environnementaux tels que certains sons, la musique… Les connaissances acquises dans le domaine de l’immunologie confirment bien que le fœtus puis le nouveau-né reste profondément lié aux gènes de ses parents et ne se dissocie pas clairement des structures maternelles qui le portent.
On sait par exemple que les antigènes qui protègent la mère de certains germes microbiens vont persister chez le nouveau-né et le protéger ainsi pendant plusieurs mois. Il existe donc bien un continuum biologique et affectif entre la mère et son futur enfant, puis entre la mère et le nouveau-né.

Ce continuum biologique et affectif s’exprime alors visiblement lors de l’allaitement maternel et des relations privilégiées mère-enfant qui l’accompagnent. Ils réalisent une intimité et un lien très particuliers entre le nourrisson et sa mère, qui se manifestent par les mimiques, le sourire, le regard dans les yeux, la voix, le contact physique… Cette première relation va faire de la mère la première figure d’attachement, base de sécurité et de confiance. Cet état est indispensable à l’équilibre affectif du nourrisson et à ses premières expériences d’ouverture à l’environnement. Il est reconnu, en moyenne, que le nourrisson ne se distingue pas complètement de sa mère avant l’âge de 6 à 8 mois, et cette primauté de la relation maternelle a pu être confirmée par toutes les études.

  • La notion d’attachement du petit enfant s’est avérée fructueuse pour la compréhension de son évolution psycho-affective, et riche de perspectives concernant les voies de recherche qui restent à développer.
  • La notion d’attachement n’est pas assimilable à celle d’amour, car la proximité physique en est un élément.
  • Une figure d’attachement se définit comme une personne qui apporte à l’enfant une interaction sociale durable : confort, soutien, protection, refuge dans les situations angoissantes, apport des soins nécessaires.
  • De ce fait, la séparation de la figure d’attachement la plus sécurisante est génératrice d’angoisse et de protestation.
  • Sa perception par l’enfant revêt une double dimension : spatiale (sensation de proximité et de sécurité) et temporelle (permanence du contact). Si le système d’attachement peut varier parfois en fonction de situations particulières, la tendance naturelle de l’enfant est de s’attacher à une  figure principale,  habituellement la mère ou son substitut.

Très tôt le père participe à l’équilibre psychologique de son enfant. Dans le cadre d’un couple traditionnel il accompagne la mère dans sa relation affective avec l’enfant. C’est lui qui peu à peu favorise les premières expériences personnelles avec le monde extérieur. Son mode de contact avec son enfant se situe dans le registre plus physique et dynamique de la pratique d’exercices, de jeux, d’épreuves simples, et de leur progression dans le temps dans une atmosphère sécurisante et dynamisante. Cette spécificité du rôle du père reste une réalité dans les situations de séparation parentale.

Ainsi, dans un couple traditionnel, père et mère sont parfaitement complémentaires pour répondre aux besoins du nourrisson et du petit enfant : la mère représente pour le petit enfant la référence permanente et la sécurité de base, le père la base de l’ouverture progressive au monde dans un climat de confiance, à travers un contact tonique répété et intermittent.

L’Enfant d’Abord ne souhaite pas adopter une attitude partisane qui « privilégie » le père ou la mère. L’un et l’autre, dans leurs différences que perçoit l’enfant, lui sont indispensables. Mais pour lui ils ne sont ni identiques ni interchangeables. Nous verrons que dans les situations de séparation parentale l’intérêt de l’enfant est que la place respective de l’un et de l’autre demeure respectée dans un contexte de stabilité de sa vie personnelle.

Petit enfant deviendra grand…
Cette situation du petit enfant est naturellement appelée à évoluer avec l’âge, la maturité et les aptitudes physiques et intellectuelles de chacun. Son autonomie naissante et sa confiance en soi lui permettront de prendre peu à peu sa place parmi les enfants de son âge et parmi les adultes. La nature des échanges quotidiens, des jeux, la présence de frères et sœurs, influenceront naturellement sa progression. La vie familiale et son environnement, la garde d’enfant et plus tard le monde scolaire seront aussi des facteurs de cette évolution. On voit que derrière un schéma de référence essentiel pour le petit enfant, de nombreux éléments de la vie quotidienne influenceront son avenir. Chacun devra être pris en compte lorsque l’enfant, pour des raisons diverses, n’a pas ou aura perdu sa référence familiale fondamentale.

L’ENFANT, UN ÊTRE À PRÉSERVER

Le petit enfant, particulièrement de 0 à 6 ans environ, vit une période cruciale : celle de la construction de sa personnalité et de sa vie psychique. Cet âge sensible correspond à des besoins physiques, mais aussi à des besoins affectifs et psychologiques qui ne sont pas ceux d’un adulte et doivent être respectés.

Parmi les différentes races animales, le nourrisson puis le petit enfant se distinguent par la lenteur et la progressivité des acquisitions physiques et psychologiques et l’installation tardive de son autonomie. Mais, comme chez les mammifères proches de l’homme, cette période est capitale pour l’avenir et les parents y ont un rôle essentiel.

L’intimité biologique de la mère et du fœtus se poursuit après l’accouchement sous la forme d’une relation duale privilégiée, le nourrisson ne se distinguant réellement de sa mère qu’après plusieurs mois. Le processus d’attachement précoce du nourrisson à sa mère, quel que soit son mécanisme, est une réalité fondamentale : elle va permettre au petit enfant d’acquérir la sensation de sécurité permanente qui est indispensable à son équilibre et à son évolution affective et mentale.

Le contact du père a une signification différente : il est précoce et intermittent, et permet à l’enfant de construire avec lui une relation de confiance. Celle-ci permettra au père de participer pleinement à l’ouverture de son enfant aux premiers contacts extérieurs et aux premières expériences personnelles. Sécurité et confiance sont les conditions de ce cheminement.

Les travaux effectués dans ce domaine confirment que dans un couple traditionnel père et mère ont chacun un rôle qui est pour une large part spécifique. Ils ne sont pas interchangeables : l’enfant a besoin de l’un et de l’autre, leur complémentarité étant le meilleur gage de son équilibre affectif et de son évolution psychologique.