T. Brazelton et SI. Greespan (2001)
Terry Brazelton, professeur de pédiatrie clinique à la faculté de médecine de Harvard, fondateur de l'Unité du développement infantile à l'hôpital des Enfants de Boston. Stanley Greenspan professeur de pédiatrie et de psychologie à la faculté de médecine de l'université George Washington.
Brazelton est connu comme un des meilleurs spécialistes au monde du développement infantile.
Il a co-écrit avec Greenspan « Ce qu'un enfant doit avoir » Stock, 2001
Dans cet ouvrage, les auteurs énoncent les sept besoins essentiels d'un enfant.
Mais ils abordent également le problème des enfants dont les parents sont séparés et recommandent la plus grande prudence sous peine de sentiments très insécurisés chez l'enfant et de régressions.
Voici quelques passages :
Page 45 :
Brazelton : Comment pouvons-nous maintenir une relation primaire forte en cas de divorce ? Que dire de la garde partagée et du droit de visite ?
On ne cesse de m'interroger sur la garde partagée. Il faut davantage penser au droit de visite prolongé sur plusieurs jours.
A partir de quand peut-on laisser un bébé partir pour la nuit ?
Greenspan : Quand les parents qui divorcent habitent près l'un de l'autre et que ce sont de bons parents, je leur recommande de garder avec l'enfant une relation aussi proche que possible de ce qu'elle était pendant leur mariage.
L'idéal c'est que les parents voient tous deux l'enfant quotidiennement. L'enfant se sentira à l'aise et en sécurité avec chacun.
S'ils passent tous deux beaucoup de temps avec lui et savent lui procurer un sentiment de sécurité, alors on peut commencer assez vite à le laisser partir pour la nuit .
Mais il est plus fréquent que le bébé passe la plus grande partie de son temps avec sa mère et ne reste que peu avec son père.
Alors, je ne saurais recommander de le laisser partir pour la nuit avant 3 ans.
Et, même alors, cela dépendra de l'enfant : est-il prêt, se sent-il à l'aise par rapport à ce projet ?
Brazelton : trois ans me parait le bon moment pour commencer à laisser l'enfant partir pour la nuit.............;
Greenspan : Prenons le cas d'un enfant de 18 mois ou 2 ans qui ne voit pas souvent son papa ; si le papa demande des week ends de 3 jours, direz-vous au juge que la réponse est catégoriquement non ?
Brazelton : Il y a toutes les chances.
Greenspan : Prendre le bébé pour une semaine ou plus en été, ce serait aussi un non définitif ?
Pourtant, nous voyons toute une série de cas où l'enfant est temporairement séparé du parent qui a obtenu la garde sur ordre du tribunal .
J'ai eu dans ma pratique un enfant auquel il a fallu deux mois pour se remettre et se sentir à nouveau en sécurité auprès de sa mère après une visite trop longue chez son père, visite pour laquelle il n'était pas prêt..................................
Brazelton : ..................Les habitudes-la routine- apportent à l'enfant un véritable sentiment de sécurité.
Les séparations et les sorties qui comprennent une nuit hors du domicile principal doivent être prises au sérieux, comme des menaces potentielles pour l'enfant
…..
Page 83 :
-" La législation devrait revoir ses directives pour les cas de divorce et de séparation, afin de prendre en considération les besoins de relations chaleureuses stables des enfants.
Les enfants ne devraient pas quitter leur domicile principal pour la nuit avant l'âge de trois ans, et à condition d'avoir vu leurs deux parents plusieurs fois par semaine et de se sentir en sécurité avec chacun d'entre eux .
Il faut encourager le parent qui n'a pas la garde à faire des visites quotidiennes ou très fréquentes, au moins une fois par semaine, afin de faciliter une relation chaleureuse stable avec les deux parents dans une situation de divorce ou de garde contestée.
Des visites plus longues, pour les vacances par exemple, devraient être adaptées à l'âge de l'enfant et aussi au degré de sécurité ressenti par l'enfant avec l'autre parent.
A moins que l'enfant ne voie ses deux parents plusieurs fois par semaine, la séparation pour la nuit doit s'effectuer de façon progressive, entre 3 et 7 ans;
Une nuit d'abord, et, après plusieurs mois, éventuellement une deuxième nuit; la durée des visites sera prolongée, ensuite, en fonction du confort de l'enfant et de son degré de sécurité.
Un exemple de directives est proposé ci-après.
Tribunal des affaires familiales du comté de King ( Etat de Washington)
Directives pour le droit de visite : garde conjointe
Aucun modèle ne peut convenir à toutes les familles.
Bébés de la naissance à un an :
- Stabilité des soins matériels et émotionnels.
- Relation intime avec les adultes responsables.
- Toute perturbation peut avoir des conséquences graves et entraîner des régressions.
-Droit de visite : visites fréquentes, mais pas plus de 1 à 3 heures de suite, au même endroit.
Enfants de 1 à 3 ans et demi :
- Toute perturbation extérieure peut être très nocive.
- Droit de visite : visites fréquentes pendant la journée;
la nuit, seulement quand l'enfant s'est familiarisé avec le foyer du parent avec lequel il n'habite pas;
A partir de trois ans, pour une nuit ou un week end.
Enfants de 3 ans et demi à 5 ans :
- Augmentation du nombre des visites avec frères et soeurs ou autres enfants.
- Droit de visite : chaque semaine, des visites de jour; au moins deux week ends par mois; visites de deux semaines, à condition de maintenir des contacts avec le parent chez qui réside l'enfant.
Enfant de 5 à 9 ans :
Droit de visite : 2 week ends par mois; visites pouvant durer 4 à 6 semaines à l'âge de 7 ans à 9 ans.
Conférence de Michel Tetrault, avocat à Sherbrook, Canada.
Dans une conférence sur la « garde partagée » faite devant un parterre de magistrats et juristes, maître Michel TETRAULT , avocat à Sherbrook et très connu au Canada a donné les précisions suivantes dont voici quelques extraits :
" Dans l'article Shared Parental Responsability : a harm reproduction-based approach to divorce law reform d'Edward Kruk , on identifie 4 éléments comme les plus dommageables pour les enfants :
-La rupture du lien d'attachement positif,
-l'exposition de l'enfant au conflit parental
-l'instabilité et le manque de continuité dans la vie de l'enfant post-divorce
- la diminution du niveau de vie de l'enfant.
L'auteur de l'article indique que DANS LA MAJORITE DES ETATS AMERICAINS, LES TRIBUNAUX CONCLUENT QUE LA GARDE PARTAGEE N'EST PAS UNE SOLUTION APPROPRIEE QUAND LES PARENTS NE PEUVENT COLLABORER.
………………………………………..
Dans l'article "la recherche peut-elle éclairer nos pratiques et aider à mettre un terme à la polémique concernant la garde partagée" le professeur Francine CYR du Département de Psychologie de l'université de Montréal s'interroge sur l'intérêt suscité par la garde partagée et a procédé à une recension de la littérature scientifique qui devrait, selon elle,
mener à plus de prudence et d'inquiétude à l'égard de cette modalité de garde.
Voici les points saillants de cet article :
- L'hébergement alterné demeure un modèle minoritaire : les juges hésitent à l'imposer.
- La question du partage de l'enfant entre les 2 résidences fait l'objet de la part des protagonistes d'arguments davantage idéologiques et s'appuie trop rarement sur des connaissances empiriques rigoureuses .
-A travers le débat qui a cours, on se demande si on n'a pas perdu de vue le véritable intérêt de l'enfant au profit d'enjeux idéologiques à savoir LE DROIT DES PARENTS A L'ENFANT . ( p. 80)
- Les résultats du chercheur DOUGLAS ( 2003) sur l'effet des présomptions légales de garde partagée, démontrent que LA PRESOMPTION N'ENGENDRE PAS DE DIFFERENCES DANS L'IMPLICATION DES PERES DIVORCES.
- Elle procède à une étude de "la règle du temps approximatif". Cette façon de déterminer les plans parentaux s'appuie sur l'implication quant aux soins et le temps passé avec l'enfant avant la rupture.
Cette méthode de répartition tient en compte la nécessaire stabilité pour le mieux être de l'enfant.
La principale force de cette méthode est qu'elle reconnaît l'importance du lien d'attachement et la nécessité de le préserver.
Nous ajoutons que cette règle rejoint celle du "parent référent".
................
Il est aussi exact qu'en ce qui a trait à la garde partagée, elle est une étape transitoire.
En effet, près de 50% des gardes partagées qui ont fait l'objet d'une entente ou d'un jugement deviennent des « gardes exclusives » à la mère dans les 5 ans qui suivent ( p.5)
MACCOBY ET MNOOKIN constatent que les enfants qui résidaient à temps plein ou en garde partagée chez leur père, finissaient dans la majorité des cas par habiter avec leur mère.
A - Les critères d'établissement de la garde partagée.
La cour d'appel retient les critères suivants à l'établissement d'une garde partagée :
1) L'intérêt de l'enfant
2) La stabilité
3) La capacité des parents de communiquer
4) La proximité des résidences
5) L'absence de conflit entre les parents
6) Le désir de l'enfant.
........
Le docteur FORTIN , neurologue pédiatre, qui partage son expertise avec le professeur Yvon Gauthier, relate :
(17) les conséquences désastreuses observées chez les enfants dont les liens d'attachement furent brisés dans les premières années.Les études ont démontré chez ces enfants devenus adultes, qu'ils éprouvaient de grands problèmes d'adaptation, qu'ils étaient désorganisés et certains d'entre eux développaient des problèmes psychopathologiques. ....
Dans un article intitulé " Parce que la vie continue...Aidons les enfants et les adolescents à vivre la séparation et le divorce" (Santé Canada P.34 et 38) indique ce qui suit :
"....A mesure qu'il acquiert de nouvelles compétences, l'enfant devient plus autonome, mais il continue de dépendre presque totalement de ses parents.Le départ du parent qui lui donne les soins le plus souvent, même si celui-ci quitte tout simplement la pièce suffit souvent à plonger l'enfant dans le désarroi. Le bébé trouve parfois très difficile d'être privé de la présence de ce parent ne serait-ce que quelques heures et même si on le confie aux soins d'une personne qu'il connaît »
H - l'aliénation parentale, le dénigrement .
Un article du Newsweek ( Sarah CHILDRESS " Fighting Over the Kids" septembre 2006) laisse entre voir une nouvelle stratégie en matière de violences conjugales quant au défendeur :
« L'aliénation parentale ou de contrôle de la part du parent abusé ».
Il n'allègue pas l'absence de violence mais plutôt l'aliénation parentale de la part de la mère.
Une étude de JAY SILVERMAN de l'Université de Harvard confirme que 54% des dossiers de garde qui implique de la violence conjugale documentée ont vu la garde des enfants confiée à l'abuseur et que l'aliénation parentale était plaidée par ce dernier dans presque tous les dossiers.
Le problème a atteint une telle ampleur que le NATIONAL COUNCIL OF JUVENIL AND FAMILY COURT OF JUDGES des Etats unis a dénoncé cette utilisation de l'aliénation parentale comme de la " JUNK SCIENCE ".
Plusieurs Etats américains ont adopté des législations pour éliminer l'utilisation de ce type de défense dans les litiges de garde. »
Hanna Rottman, Pédopsychiatre, Psychanalyste
Le syndrome de Salomon ou les difficultés de la garde alternée des enfants dans la séparation parentale
En se livrant à une analyse minutieuse des signes de souffrance psychique manifestés par les jeunes enfants hébergés alternativement chez chacun de leurs parents, lauteur montre combien cette organisation familiale doit être mise en place avec précaution quand bien même la loi la prévoit, ... [lire la suite]
Pierre Lévy-Soussan, Médecin Directeur, Pédo-psychiatre, psychanaliste :
Garde Alternée : Une loi qui ne fait pas autorité
Sujet délicat puisquil touche à lautorité parentale, partant, de la parentalité pour aboutir aux enjeux de la filiation, axe de travail particulièrement riche qui fonde notre pratique quotidienne.
Ma pratique repose sur une pratique clinique quotidienne autour des enjeux de la parentalité : consultations pour lenfant et la famille, situation adoptives, expertises médico-psychologiques sollicitées par lASE, les tribunaux (juges pour enfant) dans les situations de placement de gardes denfant ou de conflits autour de lautorité parentale, ... [lire la suite]
Maurice Berger, Professeur de psychologie :
(Chef de service en psychiatrie de l'enfant au CHU de St Etienne, Professeur associé de psychologie de l'enfant à l'Université Lyon II, Membre de la Société Française de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent)
Le droit d'hébergement du père concernant un bébé [lire l'article]
Ce texte développe un article paru dans la Revue Dialogue, 2002, n° 155, p. 90-104
Gérard Poussin, Professeur de psychologie :
Gérard Poussin affirme quil ne faut pas séparer un nourrisson ( 0 à 2 ans) de sa figure dattachement principale plus dune journée, et précise que « cest déjà beaucoup ».
Lors de son audition à lAssemblée Nationale le 23 novembre 2005, il a donné les précisions suivantes :
Règle n° 1 - Ne pas imposer un hébergement alterné à un enfant qui nen veut pas et le dit de façon claire et argumentée.
Règle n° 2 Dans le cas denfants de moins de 3 ans, sassurer que les parents échangent lenfant de manière correcte, en se parlant, et que le rythme de lenfant est respecté (alternance courte)
Règle n° 3 Ne pas faire de lhébergement alterné un remède pour les parents en conflit. Cest le contraire qui se passe.
Il vaut mieux dans ce cas utiliser les « espaces-rencontres » qui devraient bénéficier dune reconnaissance de la loi (un manque rarement relevé)
Nicole et Antoine GUÉDENEY
« Lattachement, concepts et applications » suivie de : Dans lédition réactualisée de louvrage « Attachement, concepts et applications » de N. et A. Guédeney, 2006 (respectivement pédopsychiatre dans le département de psychiatrie de ladolescent et du jeune adulte à lInstitut Mutualiste Montsouris à Paris et Professeur de pédopsychiatrie à lhôpital Xavier Bichat-Claude Bernard à Paris) ceux-ci abordent le problème des gardes des jeunes enfants.
Ils soulignent limportance cruciale des besoins de sécurité de lenfant jusquà 3 ans qui exclut des séparations prolongées de sa figure dattachement principale ( la mère dans la majorité des cas) : [lire la suite]
Bernard GOLSE, chef du service de pédopsychiatrie de lhôpital Necker-enfants malades à Paris
Dans cet ouvrage, Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de lhôpital Necker-enfants malades à Paris, déconseille lui aussi la résidence alternée quil juge trop insécurisante pour les enfants jusquà 4 ans :
« L'insécurité est avant tout psychique, on l'a vu. La multiplication des séparations conjugales dans notre société par exemple, n'a pas, en revanche, un effet certain sur l'augmentation de l'insécurité. Cela dépend beaucoup des personnes que l'enfant rencontre sur sa route, mais globalement, je pense que les enfants s'adaptent. Evidemment s'ils sont pris dans un conflit majeur, si autour d'eux on n'en finit pas de se disputer, c'est plus difficile. Je crois par exemple que pour les tout-petits, la garde alternée est insécurisante. A partir de quatre ans et à l'adolescence, quand ils ont le choix, c'est possible mais pour un bébé, changer tous les deux jours de lieu est fragilisant. Comme pour l'école, il faut qu'il ait le temps de construire sa tranquillité intérieure. Avant quatre ans, l'enfant doit avoir un endroit fixe à partir duquel il peut organiser différents systèmes, mais il lui faut un point d'ancrage.On m'a un jour demandé pourquoi on ne développait pas des cliniques du divorce(!), c'est à dire des lieux où l'on aiderait les parents qui divorcent à essayer de ménager les besoins de l'enfant. Je crois qu'il ne faut pas créer des consultations spécifiques pour chaque problème, mais je pense cependant que les pédopsychiatres sont très sollicités et compétents pour ce type d'aide.
De la même manière, un enfant élevé par une mère seule n'a pas plus de risques qu'un autre d'être insécure. L'essentiel, encore une fois, est qu'il y ait un endroit fixe et que dans la tête du parent, il y ait toujours la référence à l'autre, que l'on ne gomme pas l'un des deux. Les conditions fondamentales sont les mêmes: offrir un point d'encrage, ne pas s'enfermer à deux, seul avec l'enfant, et accepter les tiers, avoir confiance en eux, ainsi que dans les systèmes de garde»
La Belgique a adopté en 2006 la loi sur lhébergement égalitaire.
La Belgique a adopté en 2006 la loi sur lhébergement égalitaire : voici quelques comptes-rendus dauditions à la chambre des représentants de Belgique.
Compte rendus dauditions à la chambre des représentants de Belgique, 27 janvier 2006 (De Kamer DOC 51 1673/014) :
- Professeur Jean-Yves HAYEZ, chef de service de pédopsychiatrie. [lire l'article]
- Docteur Carine de BUCK, pédopsychiatre [lire l'article]
- Guy HERNIAUX, avocat des barreaux francophone et germanophone ; [lire l'article]
" NERVURE ", revue professionnelle de psychiatrie.
Le docteur Michel Sanchez-Cardenas y a fait une longue interview de Jacqueline Phélip au sujet de la garde alternée [lire le texte au format pdf]
Témoignages d'enseignant
Plusieurs enseignants nous joignent régulièrement pour nous faire part de leur inquiétude sur l'impact de la résidence alternée sur leurs élèves.
Voici le témoignage d'un professeur d'allemand dans une école internationale Luxembourgeoise.
Madame, Monsieur,
Institutrice allemande dans une grande école internationale au Grand-Duché de Luxembourg, j'enseigne plusieurs matières en langue allemande à des enfants étrangers âgés de 6-7 à 11 ans, dont un groupe d'enfants de langue française. Lors de mes études en Allemagne et à mon arrivée au Luxembourg, j'avais été sensibilisée aux problèmes que rencontraient les enfants du divorce ou orphelins d'un parent. Mais depuis ces dernières années, mes collègues et moi-même sommes confrontés à une nouvelle génération d'enfants : les enfants de la garde alternée. Et ce sont de tout autres problèmes, importants, dont souffrent ces enfants placés en garde alternée. En réunion de professeurs, nous avons souvent l'occasion de nous entretenir de ce problème avec des collègues du secondaire, bien que ceux-ci aient moins à faire à des cas de ce genre, nombre d'adolescents depuis peu au lycée (6 à 12 classe) élisant domicile définitivement chez
l'un de leurs parents de leur propre chef et pouvant voir leur décision au besoin reconnue par un juge si l'un des parents mécontent a recours à la justice.
Mon attention et celle de mes collègues a été attirée sur ces enfants par des comportements particuliers, spécifiques, que nous ne rencontrons ni chez les enfants issus de familles intactes ni chez les enfants issus de familles monoparentales, qu'il y ait contact avec le parent ne vivant pas au domicile ou pas.
En classe on remarque de façon notoire, soit la grande réserve et extrême timidité de l'enfant ayant facilement les larmes aux yeux, ayant besoin encore à 9-10 ans d'un objet transitionnel, souvent véhiculant l'image de la mère. En classe, l'enfant est souvent angoissé, prétexte souvent aussi des maux de ventre, des maux de tête pour que maman vienne le/la chercher en plein cours. Il a tendance à s'isoler à la récréation. Suce encore son pouce parfois...Alterne les périodes de grande attention et celles de totale absence pendant le cours. Il reste en permanence près de la maîtresse, même pendant la pause, les jours de changement de domicile.
Soit un comportement bruyant avec bêtises, perturbation de la classe par différents moyens, provocation des enseignants et autres élèves, refus d'apprendre, de faire ses devoirs, blocages en tous genres destinés à attirer l'attention sur lui.
Pris à part, l'enfant se révèle sensible, a vite les larmes qui montent aux yeux et avoue faire mal et ne pas savoir pourquoi. Dans ce cas l'inattention est quasi permanente, particulièrement accrue le jour et le lendemain du changement de parents.
- Enfin l'enfant particulièrement intelligent et en avance pour son âge qui se débrouille de la situation mais ne l'accepte pas et dit de son chef: " je veux habiter chez X, dis-le " et qui après une période de flottement est parfois écouté par des parents particulièrement attentifs et il retrouve sa tonicité précédent la mise en place de ce mode de garde.
Ce qui frappe l'enseignant en général, c'est la tristesse parfois enfouie que ces enfants portent en eux. Ils n'ont pas la gaieté et plus encore l'insouciance des copains de leur âge.
En parlant avec les familles concernées il m'est apparu que ce mode de garde a été mis en place le plus souvent après un divorce en accord avec les deux parents car il est impossible au Grand- Duché de Luxembourg qu'un parent obtienne la garde alternée sans l'accord de l'autre De même, ce système de garde n'est pas imposé à de jeunes enfants ou à des bébés, les tribunaux luxembourgeois confiant systématiquement la garde à la mère, à moins d'un accord différent ou d'un grave problème maternel qui constitue de très rares cas.
Ces gardes alternées sont donc "récentes" et n'ont pas été vécues dans la petite enfance pour la plupart de ces élèves.
J'en ai déduit qu'il ne s'agit sans doute pas que d'un problème d'âge, comme on le dit parfois et comme le laisse croire votre site.
L'insécurité et les modifications radicales du mode de vie de l'enfant apportées par le divorce se trouvent renforcées par le système de la garde alternée.
Nous avons des enfants "entre deux chaises" qui se disent sans maison, qui ont l'impression d'être déplacés au gré des besoins, envies et obligations parentales. Des enfants avec des
sentiments de culpabilité: " je n'ose pas dire à papa que maman me manque pour ne pas lui faire de peine alors le soir quand je suis couché je pleure sous mon drap pour qu'il ne m'entende pas".
Notre école a vécu un cas extrême: une petite fille de neuf ans, élevée par son père à Paris et brusquement catapultée à Luxembourg (jugement français : un an chez son père, un an chez sa mère...)
Déracinée, insécurisée, la petite a une fois exprimé son malaise en classe en se roulant parterre et en hurlant sans raison apparente. Le carnet de notes venu de Paris était tout à fait correct, les appréciations satisfaisantes.
Elle est aujourd'hui en échec scolaire.
Nos jeunes élèves en garde alternée souffrent indéniablement d'instabilité, d'anxiété, mais aussi de la rupture répétée d'avec leur parent affectif privilégié.
Ils sont souvent en échec scolaire ou ne donnent pas le mieux de leurs possibilités étant fixés sur leurs angoisses, leurs déménagements perpétuels, leurs manques affectifs. Plus rarement quelques uns, inversement, s'investissent « corps et âme » à l'école, seul point fixe de leur vie.
En équipe pédagogique il nous apparaît que le besoin de stabilité de l'enfant est primordial et passe bien avant les revendications, besoins et conflits parentaux.
Au Luxembourg, ce n'est qu'en accord des deux parents qu'une garde alternée peut se faire. Sinon c'est le régime classique un week-end sur deux et moitié des petites vacances scolaires jusqu'à six ans, plus la moitié des grandes vacances après 6 ans. En souhaitant que ce témoignage vous apporte un éclairage supplémentaire, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à mes sentiments distingués.
MARIE JACQUET
Madame la Présidente
Après la lecture du « Livre noir de la garde alternée », je voudrais à mon tour vous dire mon inquiétude partagée par mes confrères, face aux problèmes que génère la garde alternée sur les élèves.
Je suis enseignante en collège depuis bientôt dix ans. Nous constatons ces dernières années une augmentation du nombre d’élèves soumis à ce mode de garde et les conséquences désastreuses qui en découlent.
Les enfants que j’ai en charge ont entre 10 et 16 ans et leur manière de vivre cette situation est variable :
Au niveau de la scolarité :
Pour la plupart, il est très difficile de fournir un travail assidu et plus encore régulier. Très souvent, ils oublient le livre, la trousse ou la calculatrice. L'ayant oublié chez l'autre parent, ils ne peuvent remédier à cette situation que la semaine suivante, ce qui bien entendu, les pénalise fortement dans leur travail et leurs résultats scolaires s’en ressentent. Ils sont manifestement trop jeunes encore, particulièrement en 6ème ou 5ème pour prévoir le dimanche soir tout le matériel dont ils auront besoin pour l’ensemble de la semaine.
Le travail fourni, lui aussi, varie souvent d'une semaine à l'autre: c'est un comportement qui nous alerte et généralement, on ne parvient à rencontrer que le parent concerné par le travail de son enfant (la mère le plus souvent), l'autre restant délibérément sourd à nos appels. Cette situation est très pénalisante, notamment pour les enfants qui nécessitent un suivi scolaire plus soutenu à la maison.
Au niveau comportemental :
Le comportement de ces enfants attire notre attention. Certains ont un besoin constant de se faire remarquer et de solliciter ainsi l'attention du professeur (ils font le pitre, prennent la parole de manière intempestive….).
Souvent, ces enfants recherchent un dialogue privilégié avec le professeur (personne extérieure) et il n'est pas rare qu'ils confient leurs difficultés et leurs angoisses. Ils nous avouent vivre mal le fait de changer de domicile toutes les semaines mais refusent d'en parler à leurs parents car, je cite : «ça fait plaisir à papa et maman» ou «je ne veux pas faire de peine à papa». D'autres au contraire s'enferment dans un mutisme total, ils sont passifs et fatigués. Lorsqu'on provoque le dialogue, ils confient parfois leur douleur, leurs difficultés à s'endormir la nuit lorsqu'ils ne sont pas avec le parent souhaité.
Je voulais, par ces quelques lignes, vous apporter le témoignage d’un regard extérieur sur ce problème, et faire entendre ceux à qui on ne donne peut-être pas suffisamment la parole.
Il semble évident que ce mode de garde ne convient pas à tous les enfants, d'autant plus quand les parents ne s'entendent pas et ne partagent pas les mêmes principes d'éducation.
Maïder ALDAY
Professeur de collège Toulouse.
A la suite d'un article sur la résidence alternée dans la revue « Famille et Education » des enseignants ont témoigné :
Professeur… à Montpellier
De plus en plus d'élèves subissent ce mode de garde et sont complètement déstabilisés.
En tant que professeurs, nous sommes désarmés face à ce problème et nous ne pouvons que souffrir pour ces enfants ou ces ados car souvent les parents refusent d'admettre que ce système qui leur convient ne convient pas aux enfants.
Ils préfèrent trouver d'autres causes à la souffrance voire à la détresse de leurs enfants.
Professeur….. Toulouse :
Je suis enseignante également et ce problème de garde alternée me préoccupe de plus en plus. Je ne suis pas la seule à constater les conséquences désastreuses de ce mode de garde sur certains enfants. Mais que pouvons-nous faire pour aider ces enfants qui souffrent?
Professeur…… Rouen.
Je suis institutrice. Face à la souffrance de la majorité des enfants concernés et à la multiplication des cas il faudrait que le recours à ce système de garde soit fait d'une manière plus réfléchie. …..
Professeur……. Paris
Tous les acteurs de l'enseignement privé constatent aujourd'hui une souffrance très importante chez la majorité des élèves qui vivent en alternance chez leurs parents. Et cette souffrance semble bien supérieure a celle de nos élèves en garde unique.
Beaucoup de mes collègues partagent cet avis, d'où notre enthousiasme face a cet article sur le sujet de la garde alternée.
Marie-Hélène MATHIOUDAKIS, Avocat à la cour :
UNE RESIDENCE ALTERNEE, UN CONCEPT JUDICIAIRE ?
Une séparation ou un divorce nest pas une étape qui se vit aisément pour deux adultes, acteurs de la rupture. Or, cette désunion légale ou de fait, est aussi une réelle épreuve pour le ou les enfant(s) du couple désuni, ... [lire la suite]
Claire BRISSET, la défendeuse des Enfants :
Claire BRISSET, Défenseure Des Enfants aborde les problèmes de résidence alternée dans son rapport 2005 au Président de la République.
« Défenseur des Enfants » est un organisme officiel dEtat, indépendant des partis politiques, chargé de recueillir des informations sur tout ce qui a trait aux maltraitances diverses faites aux enfants. Le Défenseur Des Enfants est nommé pour six ans.
Dans son rapport 2005 Claire Brisset aborde le problème des dérives quengendre la loi de Mars 2002 sur lautorité parentale et des nombreux cas qui lui ont été soumis.
Elle déplore que les textes ne disent rien sur les modalités concrètes de ce qui est conforme à lintérêt de lenfant.
Elle cite en exemple une décision qui fait alterner un enfant de 6 mois, six semaines chez son père aux USA puis 6 semaines chez sa mère en France. Une autre où lenfant scolarisé en primaire alterne par période dun an. Etc.
« De telles situations et dautres, invitent à entreprendre une enquête chez ces enfants pour évaluer létat psychologique, le développement, les conditions et la réalité du maintien des liens avec les parents. Cette question nous parait mériter lorganisation dune conférence de consensus. Dici là, la prudence parait simposer pour les plus jeunes enfants ; ce serait rester fidèle à lesprit des débats parlementaires de 2002. Cette prudence élémentaire pourrait conduire à exclure le principe de la résidence alternée pour les très jeunes enfants, par exemple avant lâge de 5 ou 6 ans. »
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