L'opinion des spécialistes «
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AVIS DE SPÉCIALISTES
Guy HERNIAUX

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Monsieur Guy Hiernaux, avocat, Ordre des Barreaux francophone
et germanophone
Le sujet de lexposé de M. Guy Hiernaux, avocat, Ordre des barreaux francophone et germanophone, porte sur les questions relatives à lautorité parentale et à lhébergement des enfants mineurs.
Il souligne que lOBFG a été particulièrement sensibilisé par lannonce par la «grande presse» du projet du ministre de la Justice en matière dhébergement égalitaire.
Contrairement à ce qui a été écrit, lOBFG nest pas «contre» lhébergement alterné ou égalitaire il faudra dailleurs préciser la terminologie mais bien contre linstauration dun «modèle unique» ou dun «modèle préférentiel » en matière dhébergement.
Faut-il légiférer en la matière?
Depuis la loi du 13 avril 1995 sur lautorité parentale, on a instauré un standard, un modèle: lautorité parentale conjointe, par rapport au «repoussoir» quest lautorité parentale exclusive. Cest une bonne loi, non seulement sur le plan du droit, mais également sur le plan psychologique.
Les notions de «droit de garde» et de «droit de visite » ne correspondaient plus à la réalité.
De plus, elles véhiculaient une notion obsolète de parent gardien, véritable deus ex machina, potentat détenant tous les pouvoirs sur lenfant, et de parent non gardien, titulaire dun droit de voir lenfant pratiquement entre deux portes.
La nouvelle notion implique les deux parents: ils ont dans le cadre de lautorité parentale conjointe, ensemble le pouvoir.
Il est inscrit dans la loi quils doivent se consulter pour le choix de lécole, pour lorientation philosophique ou religieuse de lenfant, le suivi médical, etc.
Sur ce plan, il y a une égalité entre les parents
Cest une bonne chose. Lidée dans lautorité parentale conjointe est de maintenir dans les couples qui se séparent, les principes de lautorité parentale qui existent durant la vie commune.
Le législateur ne parle pas des questions dhébergement, qui sont laissées à la discrétion du juge ou à laccord des parties.
Par contre, en cas dautorité parentale exclusive en faveur dun des deux parents, cela emporte lhébergement de lenfant, lautre parent nayant droit quà des relations personnelles.
Y a-t-il vraiment nécessité de donner aujourdhui au juge des instructions pour quil privilégie un mode dhébergement plutôt quun autre?
Daprès une étude effectuée en la matière en Belgique francophone, lhébergement alterné de type égalitaire est souvent ordonné, sans parler des divorces par consentement mutuel, où ce mode
d hébergement est librement choisi par les parties.
Il ny a donc pas de difficulté pour que ce mode dhébergement se développe, sil se justifie, compte tenu notamment de lintérêt des enfants, de limplication des parents et des circonstances de fait.
Actuellement les difficultés se situent à un autre niveau, à savoir celui du manque criant dencadrement ou daide technique des juges en matière de famille :
La relative lenteur du pouvoir judiciaire par manque de moyens financiers, notamment en raison des difficultés pour obtenir une enquête sociale ou une expertise médico-psychologique, lengorgement des «espaces rencontres»,
Faut-il absolument instaurer un modèle en matière dhébergement qui simposera au juge?
Lavant projet de la ministre de la Justice veut instaurer un modèle par défaut, qui est lhébergement égalitaire ou lhébergement alterné par périodes égales.
Il nest même pas prévu quune partie doit le demander.
Le juge devrait privilégier ce mode dhébergement et ne pourrait y déroger que dans la mesure où celui-ci se révèlerait contre indiqué.
Il est indéniable que pareille démarche procède dun diagnostic arbitraire posé par certaines personnes qui considèrent le mode dhébergement égalitaire comme idéal ou préférable pour la société.
Les principales raisons invoquées sont les suivantes :
Limiter limprévisibilité des litiges et donc par voie de conséquence, limiter le nombre de procès;
Instaurer légalité entre les parents est une bonne chose;
Il ny a pas actuellement de contre indication sur le plan psychologique à lhébergement égalitaire.
a) Limiter limprévisibilité des litiges :
Cest une vue de lesprit. A moins dinstaurer une règle stalinienne, il y aura toujours des procès en matière dhébergement.
Cest une matière où lirrationnel intervient :
il nest pas question dempêcher un parent de considérer à tort ou à raison quil est plus apte que lautre parent délever un enfant.
Les cas où lon peut déroger à lhébergement alterné égalitaire dans lavant projet de loi vont être utilisés à fond pour sy opposer.
Si lavant projet de loi était adopté, le juge ne devrait plus se laisser convaincre de lopportunité de lhébergement égalitaire, comme cest actuellement le cas, mais bien de ce quil nest pas opportun en lespèce.
Le problème serait certes déplacé, mais cela ne modifierait probablement ni limprévisibilité des litiges, ni le nombre de ceux-ci.
Il est à craindre à cet égard que bon nombre de parents qui jusquà ce jour ont accepté un hébergement alterné par périodes inégales, revendiquent tout dun coup un hébergement égalitaire.
b) Egalité entre les parents:
Cest une fausse bonne raison.
Jean-Louis Renchon a écrit à propos de ladoption homosexuelle quon nallait pas régler la problématique par référence au principe dégalité. Cest la même chose ici.
Le principe dautorité parentale conjointe a consacré une forme dégalité entre les parents et cest une bonne chose, mais cest insuffisant.
Légalité entre les parents dun enfant est en effet assurée lorsque chaque parent reste un véritable parent pour lenfant, nonobstant la séparation ou le divorce.
De plus, légalité nimplique pas que lon supprime les différences.
Or, il y aura toujours des différences dans la manière où chaque parent simplique dans léducation de son enfant.
Pourquoi ce qui est accepté durant la vie commune serait-il tout dun coup refusé ou anormal lorsque les parents se séparent?
Les enfants peuvent être aussi égaux suivant que lun vit sous un régime de garde égalitaire et lautre sous un régime de garde traditionnel ou différencié.
Il est faux de dire quun «papa WALIBI» est nécessairement un papa au rabais et quun enfant vivant ce mode dhébergement est fatalement discriminé ou malheureux.
Souvent dailleurs, la maman se plaindra de ce système qui donne le tout bon les vacances, le cinéma,les jeux au papa et le moins bon lécole, les courses, les devoirs, les leçons à la maman.
Bien sûr, laccord des parents à cet égard est essentiel et il ne fait pas de doute que si le mode dhébergement est accepté et investi par les deux parents, lenfant le vivra bien.
c) Pas de contre indication psychologique pour lhébergement égalitaire
Il est permis den douter dès lors que déminents spécialistes comme Madame De Buck ont émis dimportantes réserves.
Il est actuellement admis quun jeune enfant a besoin de sa maman et dun lieu de résidence privilégié.
Il a certes aussi besoin de son père, mais nous disent ces spécialistes «des visites courtes mais fréquentes sont suffisantes».
En fait, seule la période entre 6 et 12 ans conviendrait pour linstauration dun hébergement égalitaire, car à ladolescence, lenfant a souvent envie de «poser son sac» et donc, rejette généralement la garde alternée.
Au Canada, on a rejeté le mode dhébergement égalitaire comme mode de référence.
Mme Francine Cyr, professeur de psychologie écrit que la modalité de garde alternée, choisie par 13% de couples en cas de séparation peut dans certains cas être plus néfaste que le divorce en ce qui concerne ladaptation sociale et émotive des jeunes
La garde physique partagée suppose une collaboration accrue entre les parents; or, cest rarement le cas; les problèmes entre les parents existent bien avant la séparation, la crise familiale engendre du stress, des difficultés financières et une désorganisation qui nuisent aux échanges avec les enfants et qui peuvent aussi aggraver les interactions entre les ex-conjoints.
Francine Cyr, qui exerce en médiation familiale, dit vérifier à la fois le degré dhostilité entre les parents et leurs motivations par rapport au choix de garde
Parfois, dit-elle, les parents optent pour la garde partagée égalitaire sans penser au bien-être de lenfant : ils sont belliqueux et veulent se partager lenfant comme sil sagissait dun simple bien matériel.
La contribution alimentaire pervertit le débat :
en effet, le but dun parent, demandeur en garde égalitaire, est parfois simplement déviter de payer une contribution alimentaire
En France, la loi du 4 mars 2002 a certes préconisé lhébergement alterné, mais pas nécessairement égalitaire:
en effet, larticle 373-2-9 du Code civil prévoit que le juge peut ordonner, à la demande de lun des parents ou en cas de désaccord entre eux, que la résidence de lenfant soit en alternance chez lun et lautre parent, pour des périodes dont il détermine la durée.
De plus, il ne faut pas oublier que lhébergement égalitaire exige des conditions matérielles souvent coûteuses: chambre adéquate chez chaque parent, proximité de lécole,
et surtout, il faut que les parents continuent à pouvoir se parler, à pouvoir communiquer, sinon cest lenfer.
Tout devient prétexte à conflit et ce sera beaucoup plus déstabilisant pour lenfant dans ce mode dhébergement égalitaire que dans un mode dhébergement par périodes inégales, car il pourra plus facilement «prendre sur lui» pour supporter les quelques jours passés chez lautre parent.
Le critère de lintérêt de lenfant est souvent oublié au profit du critère de légalité des parents ou plutôt de la facilité des parents :
je morganise à mon boulot, pendant la semaine ou jai mon enfant, je travaille moins et je rentre à 16 heures, la semaine suivante, je nai pas lenfant, je fais des heures supplémentaires à mon boulot pour compenser et je peux sortir librement le soir
Dans léventualité où le «standard» dhébergement égalitaire serait imposé, cela sera-t-il une bonne chose pour lenfant dabord, pour la société ensuite?
La loi déplacera le problème.
Le parent qui sopposera à lhébergement égalitaire alterné essayera toujours dinvoquer les circonstances qui justifient dy déroger.
De plus, on va créer une hiérarchie entre les parents.
Il y aura:
les bons parents, ceux qui pratiquent lhébergement égalitaire alterné;
les moins bons parents, ceux qui pratiquent ce que lon appelle aujourdhui lhébergement principal et
les mauvais parents, ceux auxquels on na laissé que le droit dhébergement accessoire.
Sans doute faudrait-il supprimer les mots dhébergement «principal» et dhébergement «accessoire» ou «secondaire», car ils sont inutilement humiliants pour le parent qui lobtient
Mais il ne faut pas de loi pour ce faire!
Tout hébergement étant alterné puisque lenfant passe de la résidence dun parent à la résidence de lautre, on pourrait parfaitement parler dhébergement alterné soit égalitaire, soit différencié ou de durée inégale, comme par exemple pour le système 5/9, fort prisé actuellement. Pourquoi vouloir à tout prix imposer une égalité qui ne tient pas compte du vécu des parents et des enfants?
*Si dans ces cas lhébergement alterné égalitaire se passe bien, ce nest pas parce quil est égalitaire, mais bien parce que les parents sinvestissent dans leurs rôles de parents vis à vis de leurs enfants et mettent tout en oeuvre pour que cela fonctionne.
Autres aspects de lavant-projet de loi: faut-il aggraver les procédures dexécution ou de contrainte?
Faut-il, à linstar de ce qui se passe en référé pour les mesures provisoires, avoir une saisine perpétuelle devant le Tribunal de la jeunesse jusquaux 18 ans de lenfant?
Lorateur estime que si, bien évidemment, le tribunal de la jeunesse est compétent jusquà la majorité de lenfant pour revoir les modalités dhébergement, il serait préjudiciable de permettre aux parents de revenir à tout moment devant le juge par simple caprice.
Ne faudrait-il pas se limiter à un contrôle pendant un an?
Quant à lexécution (article 387ter de lavant-projet), cest une bonne chose de pouvoir revenir devant le juge qui a rendu la décision, si une partie ne la respecte pas.
Ce qui est toutefois inquiétant, cest lexécution par la force publique.
Même si on a fait disparaître le mot «physique» dans la dernière mouture de lavant-projet, on ose à peine imaginer lhuissier de justice même accompagné par des membres de la famille arracher lenfant des bras ou des mains du parent qui le tient par la main ou dans ses bras.
Par contre, des méthodes de contrainte financière comme les astreintes qui pourraient comme en matière de pension alimentaire simputer sur la quotité non saisissable paraît une mesure adéquate.
Conclusion:
Tous les modes dhébergement sont acceptables pour autant quils conviennent à lenfant et que si possible les parents lacceptent tous les deux.
LOBFG a proposé den rester au cas par cas et si une loi doit réglementer les modalités dhébergement.
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En Librairie «
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LE LIVRE NOIR DE LA GARDE ALTERNÉE
Édition Dunod par
Jacqueline Phélip
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La loi du 4 mars 2002 sur lautorité parentale a octroyé aux juges aux affaires familiales le pouvoir dimposer une résidence ou garde alternée, au nom de « lintérêt supérieur de lenfant ».
Cet « intérêt supérieur » de lenfant constitue une formule théorique qui désigne en réalité lintérêt des parents.
Ces enfants de 0 à 6, 7 ans mais souvent plus âgés, sont traités comme des biens indivis qui relèveraient dun droit de propriété. |
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