AVIS DE SPÉCIALISTES
Hanna Rottman

Hana Rottman, Pédopsychiatre, Psychanalyste.

Le syndrome de Salomon ou les difficultés de la garde alternée des enfants dans la séparation parentale

En se livrant à une analyse minutieuse des signes de souffrance psychique manifestés par les jeunes enfants hébergés alternativement chez chacun de leurs parents, l’auteur montre combien cette organisation familiale doit être mise en place avec précaution quand bien même la loi la prévoit.

Le divorce est une remise en cause, toujours douloureuse, dans les domaines familial et personnel, affectif, sexuel, de pouvoir et d’argent. Au cœur de tout cela se trouve l’enfant comme enjeu, avec ce qu’il représente pour ses parents et pour une société en pleine évolution. Signe de cette implication sociale, l’intervention du juridique, voire du judiciaire, pose des limites tout en rigidifiant les situations.

Il importe donc de trouver un aménagement qui pallie la séparation parentale et permette à l’enfant et à chacun de ses parents de maintenir un lien significatif. Dans ce but, l’alternance des séjours de l’enfant chez l’un et l’autre des parents semble une organisation de vie incontournable pour que l’enfant et chacun de ses parents puissent, au fil du temps, se connaître au quotidien, dans une relation de proximité et d’intimité qui favorise la force du lien. Reste à déterminer fréquence, rythme et durée de cette alternance.
La loi de 2002 a codifié cette préoccupation en substituant la notion juridique de résidence alternée à la notion souple d’alternance de domicile, avec un temps identique passé chez l’un et l’autre parent, mais aussi, comme corollaire, un temps identique de séparation d’avec l’un et l’autre parent.
Or, nous constatons que depuis l’application de cette loi apparaissent, en particulier chez les jeunes enfants des troubles variés d’origine psychologique. Ces troubles liés à la séparation, majorés par l’atmosphère du conflit, sont familiers aux professionnels de la santé mentale qui ont à s’occuper du soin de la séparation entre parents et enfant dans un autre contexte : celui du placement d’enfants pour troubles graves du lien parents-enfant, et plus récemment dans l’adoption.

Il n’est pas facile pour les parents, interpellés par la question du devenir de leur enfant, de se dégager de toutes les considérations autres qu’implique la séparation du couple pour se centrer sur le seul intérêt de l’enfant. Un certain nombre d’entre eux se tournent vers des spécialistes de la vie psychique de l’enfance pour éclairer leur décision. C’est à ce titre que j’ai rencontré, dans une pratique libérale de psychiatre, de nombreux parents et enfants pris dans cette difficulté et mené la réflexion qui inspire ce texte.

Quelques données théoriques préalables sont utiles pour comprendre les processus à l’œuvre dans la résidence alternée. En effet, il s’agit d’une séparation d’un enfant d’avec son objet d’attachement principal, la mère, même si cela lui permet la réunion avec son autre parent. Cette séparation se fait selon des modalités de rythme et de durée particulières qui peuvent favoriser certaines perturbations chez l’enfant et chez ses parents. Nous parlerons donc d’abord du fait clinique de la séparation, puis des effets de la résidence alternée sur l’enfant et ses parents.

Conséquences pour l’enfant de la séparation d’avec l’adulte privilégié

Les conséquences nocives chez l’enfant de sa séparation d’avec l’adulte privilégié, auquel il est électivement attaché et qui lui prodigue ses soins au quotidien, ont été étudiées depuis la première moitié du XXe siècle (A. Freud et D. Burlingham ; Robertson). Elles sont d’autant plus difficiles à supporter par l’enfant que celui-ci est plus jeune et que la séparation est plus longue. Elles ont suscité de très nombreux travaux français et internationaux qui sont référés principalement aux théories psychanalytiques et de l’attachement et sont, jusqu’à présent, surtout connus de professionnels spécialisés dans ce domaine.

La figure d’attachement principal

Il est important de définir ce qu’est l’objet d’amour primaire, dit encore « figure d’attachement principal ». L’état actuel de la société, avec le travail des femmes et les divers modes de garde, les « nouveaux pères » plus impliqués dans le soin quotidien de l’enfant, les familles recomposées, font que ce personnage, traditionnellement la mère, est nommé par les chercheurs anglo-saxons « the caregiver », traduit en français par le terme « la pourvoyeuse de soins » ou « le pourvoyeur de soins », de manière à tenir compte de toutes les éventualités. Toutefois, cet objet d’amour privilégié reste encore actuellement généralement la mère, sauf cas particuliers, d’après ce que j’ai pu constater sur les centaines d’enfants que j’ai vus en trente ans de consultation pédopsychiatrique, même au cours de ces dernières années. Aucune étude récente n’est venue le démentir.

La relation d’objet

Une relation d’attachement, puis une relation avec un objet d’amour primaire, le lien à l’autre, sont nécessaires au bon développement de l’enfant. L’absence d’une relation d’objet entraîne la dépression, voire la mort chez l’enfant (la dépression anaclitique décrite par R. Spitz et bien d’autres).
Cette relation est d’abord fusionnelle autour des activités étayantes que sont le nourrissage et le contact physique dans le corps-à-corps. Ce premier temps de la relation mère-enfant, décrite comme un temps de proximité intense, de fusion (D. W. Winnicott), est indispensable dans les premiers mois de la vie. Cette phase de la dyade mère-enfant n’a qu’un temps et évolue vers ce que l’on appelle la « séparation-individuation » (M. Mahler).
Grâce à la répétition des expériences de soin avec une figure maternelle continue, à la maturation biologique et à la reprise de la vie relationnelle de la mère, en particulier avec le père, le bébé se différencie progressivement de sa mère, la perçoit de moins en moins comme une part réelle de lui-même dont l’éloignement causerait une souffrance d’arrachement aussi violente que si l’on arrachait, par exemple, son bras à un adulte. Il s’agit là d’une évolution psychique progressive qui s’effectuera d’autant mieux que le temps de la fusion a été serein. « On ne se détache bien que lorsque l’on a été bien attaché », a dit M. David. Cette idée a été reprise sous une autre forme par la théorie de l’attachement : c’est lorsqu’une base de sécurité stable a pu se constituer pour l’enfant auprès de sa figure principale d’attachement qu’il peut se détacher d’elle pour explorer son environnement .

Une autre étape du développement va aider à la séparation Il s’agit de l’acquisition par l’enfant de la « constance de l’objet ». Au début de la vie, le bébé ne sait pas encore que cet adulte tellement important qui s’occupe de lui a une stabilité de forme, de qualité et de présence qui lui garantit qu’il sera toujours présent pour lui. Il n’en a la certitude qu’au contact de la présence physique. Avec le temps, la maturation neurologique, les expériences répétées de présence et d’absence et de satisfaction, il acquiert la mémoire de cet objet, et la stabilité de cette image dans son esprit qui le protège des angoisses de perte. On dit qu’il a acquis la notion de la constance de l’objet. Cette acquisition se fait normalement dans la première année de vie, mais elle met du temps à se stabiliser et peut régresser dans les situations de stress. On peut voir des enfants de trois ans avoir des difficultés à cet égard dans des situations de séparation difficile.
Tous les enfants n’évoluent pas au même rythme et, en cas de doute, l’observation de l’enfant et de ses réactions nous guide pour savoir où il en est. L’expérience montre que c’est une erreur de croire que le forçage va accélérer cette maturation. Il risque, au contraire, de l’entraver. Il importe ici de donner du temps au temps.

La séparation

La séparation physique de l’enfant d’avec son objet d’amour primaire est donc un acte à manier avec la plus grande délicatesse, en particulier chez le jeune enfant ou l’enfant insécurisé.
Si elle est intempestive, refusée, mal préparée, réalisée dans la violence ou simplement prématurée, elle est susceptible d’entraîner sur le moment une angoisse de séparation et des signes variés plus ou moins spectaculaires et explicites :
- affectifs,
- du comportement,
- psychophysiologiques (cris, pleurs, refus verbal, mutisme, opposition avec agitation, accès de colère, vomissements, troubles sphinctériens, hypotonie, voire convulsions, etc.).
Les retrouvailles avec l’objet maternel peuvent être difficiles sur le moment ou dans les jours qui suivent :
troubles de l’attachement avec évitement, perplexité, tristesse, ambivalence, désorganisation, comportements paradoxaux.
Les choses rentrent généralement dans l’ordre au bout d’un temps donné, mais des signes résiduels peuvent persister, sous forme de troubles du comportement (agressivité), de l’affectivité (enfant endurci ou au contraire hypersensible), du sommeil ou d’une intolérance très particulière à la séparation avec manifestations de collage à la mère ou, au contraire, de repli, de rejet avec agressivité, ou des troubles psychosomatiques (eczéma, asthme, troubles de sphère ORL…) et, ultérieurement, des troubles cognitifs.
Ces symptômes très divers manifestent des troubles de l’attachement et sont des signes de stress à entendre comme un vécu difficile de séparation auquel il est important de chercher à remédier, dans une optique de prévention de troubles psychiques installés.
En particulier, il est important d’évaluer la qualité des liens existants au moment de la mise en place d’une résidence alternée.
Il peut être grave pour un enfant d’être séparé de sa figure principale d’attachement pour être confié à un parent certes détenteur de l’autorité parentale, mais qui connaît à peine son enfant, comme c’est parfois le cas, en particulier quand la séparation des parents a eu lieu pendant la grossesse ou peu après la naissance et que la mère a vécu seule avec son enfant. Il est essentiel qu’une sécurité se soit progressivement construite avant qu’un enfant soit confié à un adulte qu’il ne connaît pas, fût-il son parent légal.

Un mécanisme de défense coûteux

Le clivage s’installe dans les vécus traumatiques (C. Barrois, R. Roussillon) et les situations de double attachement (M. David, H. Rottman).
Au risque de se répéter, il faut dire que tous les professionnels de la santé mentale de l’enfant considèrent la séparation, le sentiment de perte et d’abandon et l’état dépressif qui peuvent en découler comme un risque majeur pour la santé psychique de l’enfant, surtout s’il est jeune, qui doit être pris en considération, analysé et traité avec beaucoup d’attention. En effet, si l’enfant a l’impression qu’il ne rencontre ni écoute ni soulagement à sa souffrance et qu’il est donc sans recours, il en vient à se couper de son propre ressenti et à se cliver, s’anesthésiant affectivement, en quelque sorte, pour ne plus ressentir la souffrance d’un vécu de séparation devenu traumatique et intolérable : il s’agit du clivage interne (R. Roussillon). Ces réactions défensives ont été décrites dans les situations d’agression extrême où la personne devient en quelque sorte le spectateur non concerné de ce qu’elle vit, voire s’en absente.
C’est ainsi que l’on peut expliquer que certains parents, de bonne foi, déclarent constater que l’enfant supporte très bien la séparation, puisque, une fois parti de chez le parent où il s’opposait à ce départ, il s’apaise et se conforme parfaitement à ce qui est attendu de lui. D’où, pour ce parent, la conviction que c’est sous l’emprise de l’autre parent que l’enfant feignait ne pas vouloir s’en séparer.

Une autre difficulté de la résidence alternée consiste dans le fait que l’enfant est amené à vivre, de manière alternative et en durées égales, dans deux milieux de vie différents, avec un double attachement à deux adultes importants pour lui, référents identificatoires et porteurs de règles et de valeurs parfois conflictuelles et pourtant de même poids.
L’enfant se coupe en deux parties qui s’ignorent l’une l’autre pour éviter la difficulté d’avoir à articuler deux mondes opposés qu’on lui demande d’intérioriser. Il s’agit là d’un clivage entre deux parties de soi en lien avec deux objets séparés l’un de l’autre.
L’enfant risque alors de se construire en « faux self » ou en double personnalité, au risque de n’être jamais nulle part totalement lui-même, sauf si on l’aide à faire des liens entre les deux mondes pour s’unifier.
On peut rencontrer également un clivage de l’objet, c’est-à-dire que l’un des parents est considéré comme radicalement mauvais et l’autre radicalement bon, au lieu que se réalise, comme c’est le cas dans un développement sain, ce que l’on appelle une « fusion » du bon et du mauvais objet en un objet unifié, pourvu de qualités raisonnablement bonnes et mauvaises, comme l’est tout être humain. Cette radicalisation est dangereuse pour le développement psychique du jeune. Dans ce contexte, les propos et les comportements agressifs, dépréciateurs ou accusateurs qu’un parent peut avoir vis-à-vis de l’autre devant l’enfant ont des résonances particulièrement fortes.
J’ai rencontré plusieurs adolescents qui avaient été soumis au régime de la garde alternée. Ils avaient, au cours du temps, absorbé la haine ambiante et l’avaient développée vis-à-vis de l’un des parents, proférant des menaces de mort d’une violence telle qu’elle faisait craindre un passage à l’acte. Dans l’un de ces cas, il aura suffi de renoncer à l’alternance avec un domicile stable chez le parent de son choix et des visites, puis de courts séjours à sa demande chez l’autre parent pour faire tomber une tension devenue dramatique.
Ce sont de telles situations qui appuient la thèse selon laquelle la résidence alternée ne peut être une réponse adaptée si les parents sont en conflit manifeste.
Ainsi, le clivage chez l’enfant, mécanisme de défense inconscient, doit être connu et faire l’objet d’une prévention attentive pour en éviter des conséquences dommageables pour le développement de l’enfant

Le syndrome de Salomon

Les parents, pris dans cette crise destructurante qu’est le divorce, peuvent dériver eux-mêmes vers des perturbations psychologiques. Ils risquent alors de devenir des parents maltraitants à travers l’organisation du partage de l’enfant.
Je décrirai l’une de ces réactions psychologiques, exemplaire de ce que l’on peut rencontrer dans la situation de résidence alternée et que j’ai appelée le « syndrome de Salomon ».
Le jugement de Salomon rapporté par la Bible (premier livre des Rois, chap. 3, 16-28) fait partie du patrimoine culturel de notre civilisation : deux mères se disputent un enfant, chacune ayant eu un garçon, l’un d’eux étant mort subitement, et vont trouver, pour les départager, Salomon, grand roi et juge : « Salomon dit : ”Coupez en deux parts l’enfant vivant et donnez-en une moitié à l'une de ces femmes, une moitié à l’autre.” La mère de l'enfant vivant, dont les entrailles étaient émues de pitié pour son fils, s'écria, parlant au roi : ”De grâce, Seigneur, qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le fasse pas mourir!” Mais l'autre disait : ”Ni toi ni moi ne l'aurons : coupez.” Le roi reprit alors la parole et dit : ”Donnez-lui l'enfant vivant et gardez-vous de le faire mourir : celle-ci (qui y renonce) est sa mère.” »
En référence à ce fameux jugement, il m’est venu à l’idée de donner le nom de « syndrome de Salomon » à un type de réaction qui se développe face au concept de la résidence alternée.
En effet, on voit certains parents saisis comme d’une folie de l’égalité.
Cette exigence rigide de symétrie absolue des choses, avec une revendication d’un partage égal, car « c’est mon droit », veut sa satisfaction quel qu’en soit le prix à payer par l’enfant sur le plan psychique ou physique : troubles de santé physique, même sérieux, de l’enfant qui, dans les exemples que j’en ai, coïncident avec les séparations d’avec la mère . Voici deux exemples :
dans un cas, chez une fillette de six ans, un purpura rhumatoïde ayant entraîné une hospitalisation ;
dans un autre cas, chez un enfant de deux ans, un asthme se manifeste au moment des visites chez le père, nécessitant de nombreuses séances de kinésithérapie respiratoire : plus de deux cents séances (!!!) à l’âge de deux ans, quand je vois l’enfant pour la première fois. Le rythme des visites chez le père est motivé par le désir de celui-ci d’avoir l’enfant chez lui, si possible autant de jours et de nuits que la mère et, malgré des entretiens où il paraissait très sensible et compréhensif, rien n’a pu le faire renoncer à exposer son enfant à cette souffrance.
Cette folie s’exprime dans de nombreux registres :
J’ai vu un enfant de moins de trois ans être non seulement inscrit, mais fréquenter deux écoles maternelles, et un autre trois écoles maternelles, jusqu’au moment où il est saisi d’une phobie scolaire.
J’en ai vu d’autres avoir deux pédiatres, deux pédopsychiatres.
Et combien de petits, au nom de l’égalité des droits parentaux, sont emportés malades, fébriles, diarrhéiques ou toussant alors qu’ils seraient mieux au chaud dans leur lit habituel.

Cette folie peut être contagieuse et gagner l’autre parent, les grands-parents. Il n’est pas rare que des enfants de moins de deux ans circulent entre les domiciles paternel et maternel, sous le regard de toute la famille, afin, dit-on, que les nuits de l’enfant soient « partagées équitablement entre mère et père ». L’enfant peut changer ainsi de lieu de sommeil jusqu’à quatorze fois dans le mois, sans que les adultes concernés, mal informés, ne s’interrogent sur les conséquences d’une telle discontinuité pour la santé de l’enfant.
Les questions n’apparaissent que quand l’enfant commence à aller mal : troubles de l’humeur, du comportement, du sommeil, de l’appétit.
Ce consensus parental sur l’égalité des droits, fût-ce au détriment de l’intérêt de l’enfant, est parfois accentué quand les parents ont « refait leur vie » avec un autre compagnon. En partie par culpabilité, en partie par commodité personnelle, ils sont soulagés de donner à l’autre parent la part d’enfant à laquelle « il a droit », et cela d’autant plus facilement que la loi l’y contraint.
Les juristes n’échappent pas à la contamination. L’histoire suivante m’est rapportée par une mère qui vient me consulter. Sa fillette de cinq ans étant en résidence alternée depuis six mois, la mère s’inquiète des fortes poussées d’eczéma que présente sa fille au retour de certaines semaines passées chez le père. L’enfant demande à sa mère de lui téléphoner quand elle est chez son père. L’avocat consulté dissuade fortement la mère de le faire : « Ça pourrait se retourner contre vous, on vous dirait que vous voulez faire échouer la garde alternée. Tant pis pour la petite, il faut qu’elle s’adapte. »
S’adapter, supporter en silence l’angoisse de séparation, d’abandon, de perte, fût-ce au prix d’une recrudescence d’eczéma et de troubles de l’affectivité prévisibles ultérieurement : est-ce là ce que la société demande à un enfant pour protéger le parent de son sentiment persécutif ?
A côté de cela, des sommes importantes du budget public sont dépensées dans le domaine de la prévention et de la protection de l’enfance pour traiter les séparations mère-enfant, situations à risque psychologique, justement en faisant du lien entre les différents lieux de vie de l’enfant, ce qui serait quasi délictueux en cas de divorce.
Il y a là une incohérence sociale qui demande une harmonisation, et surtout une formation des personnels de l’établissement judiciaire en matière de santé mentale de l’enfant, pour lequel ils sont appelés à statuer.

Quelle prévention et quel traitement proposer face aux difficultés décrites ci-dessus ?

Tout d’abord, des modalités de résidence qui tiennent compte des connaissances que l’on a sur la clinique de l’attachement et de la séparation.
Ainsi, il apparaît que pour un jeune enfant (avant trois ans selon certains auteurs, six ans âge de la socialisation pour d’autres), une relation proche et sécure avec la mère, principale figure d’attachement (dans les cas les plus habituels où il n’y a pas une pathologie maternelle invalidante), est fondamentale pour son développement. La résidence alternée y est donc contre-indiquée également à un âge plus avancé dans les cas de conflit ;
d’autres modalités de maintien des liens avec chacun des parents peuvent être trouvées. Des calendriers indicatifs de la séparation, cherchant à prendre en compte ces diverses données, ont été mis en place par des pédiatres et des psychiatres qui se sont penchés sur la question (M. Berger, B. Brazelton). On peut s’en inspirer en se guidant sur les signes de mal-être que l’enfant peut donner.
Dans le doute, et au nom du principe de précaution, on optera pour la solution qui semble correspondre au meilleur développement de l’enfant.
Ensuite, toute séparation peut et doit être aménagée, par des moyens qui aident l’enfant à se représenter l’objet absent, à faire du lien avec lui et à unifier ses expériences, de manière à éviter le sentiment de perte et d’abandon ainsi que le clivage :
objet transitionnel qu’est le doudou, recours à l’autoérotisme de la tétine, objets familiers circulant entre les lieux de vie, communication téléphonique, photos, évocation par la parole du parent absent, échanges d’informations sur la vie de l’enfant.
Soulignons le vécu particulier par le petit enfant de la nuit passée loin de la mère et loin du domicile habituel. Ce temps-là d’éloignement semble soulever une angoisse beaucoup plus forte chez l’enfant que le temps de la journée, sans que l’on en connaisse encore bien la cause. Les enfants sont sensibles au nombre de « dodos » passés loin de leur « maison ».
Il suffit parfois de diminuer d’une nuit le temps d’éloignement de la figure d’attachement pour que les troubles liés à la séparation s’apaisent, le dosage de la tolérance de l’enfant se faisant au coup par coup, par essais et erreurs.
Tenir compte du temps vécu par l’enfant, de ses intolérances, s’assurer qu’on lui donne les moyens de représenter ses images parentales, unifier ses expériences, prendre du temps, favoriser une progressivité, recourir à son système d’expression pour échanger avec lui, observer ses réactions, se donner un cadre, conserver des éléments de stabilité en dépit des changements, peut-être recourir à la psychothérapie… tels sont les moyens de protéger l’enfant des remous de la séparation de ses parents. Une attitude tendre, attentive, à l’écoute et respectueuse du rythme et des besoins de l’enfant est le meilleur moyen de construire avec lui une relation de confiance et d’amour, support des identifications et de la transmission.

Pour conclure

Cela peut aider de se rappeler qu’un grand texte éthique de notre culture considère que le vrai parent est celui qui choisit de renoncer à son propre intérêt dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Cela demande de la part des parents une maturité et une objectalité malheureusement mises à mal par la crise de la rupture, mais qu’un travail sur soi peut permettre de restaurer.
La connaissance des travaux psychologiques actuels sur les relations parents-enfant et le développement de l’enfant, le recours éventuel à un soutien personnel et des références symboliques fortes permettront aux deux parents de se dépasser et de choisir ce qui est préférable pour la vie de leur enfant.
En cas d’échec, l’intervention d’une loi éclairée devrait les relayer en imposant, au nom du principe de précaution, ce qui est juste et nécessaire à la protection physique et psychique de l’enfant.





« Flash Info «

Newsletter «
Abonnez-vous !

En Librairie «
LE LIVRE NOIR DE LA GARDE ALTERNÉE
Édition Dunod par
Jacqueline Phélip
La loi du 4 mars 2002 sur l’autorité parentale a octroyé aux juges aux affaires familiales le pouvoir d’imposer une résidence ou garde alternée, au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant ».
Cet « intérêt supérieur » de l’enfant constitue une formule théorique qui désigne en réalité l’intérêt des parents.
Ces enfants de 0 à 6, 7 ans mais souvent plus âgés, sont traités comme des biens indivis qui relèveraient d’un droit de propriété.




Design & réalisation :
Votre-Url ®
Dmitry Ostrogradsky
Site officiel de l'association : www.lenfantdabord.org
Copyright, Association L'Enfant d'Abord - © LDA 2002 / 2007 - Informations légales